Que la recherche fondamentale retrouve ses lettres de noblesse

30 novembre 2017
Que la recherche fondamentale retrouve ses lettres de noblesse

Certains emploient le terme recherche « libre », d'autres préfèrent parler de recherche « fondamentale » ou encore « indépendante ». Dans tous les cas, il s’agit de concepts qui renvoient essentiellement au même principe. En effet, la recherche fondamentale a comme seule finalité la quête du savoir pour le savoir (UEQ, 2016). À l’inverse, la recherche appliquée a pour but de répondre à un besoin qui émerge régulièrement du secteur privé ou d’orientations politiques. Au courant des dernières années, la recherche appliquée a été largement plus valorisée et promue par les politiques publiques, que ce soit au Québec ou au Canada.

L’état de la recherche fondamentale au Canada

L’intérêt pour l’innovation dans la recherche et dans l’économie des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a gagné en popularité en 1996 grâce à la parution du premier Manuel d’Oslo (UEQ, 2016). L’innovation y était ainsi décrite comme le véhicule le plus fiable pour entrer dans l’ère de l’économie du savoir. Au Québec, les diverses stratégies québécoises en recherche et innovation ont matérialisé cette doctrine. Cependant, à force d’accorder des sommes importantes à certains secteurs de recherche précis, d’autres se sont vus obtenir une portion beaucoup plus modeste en matière de financement. En effet, le financement fédéral tend à marginaliser le fonds de fonctionnement des universités au détriment de la recherche fondamentale, jugée économiquement peu rentable (AELIÉS, 2015). Qui plus est, cela a également engendré une perte d’autonomie des universités en matière de recherche (Commission de la recherche, 2015).

Par ailleurs, ces orientations ont eu pour effet d’accroître considérablement les budgets accordés au milieu des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques, ce qui en soi est une bonne nouvelle. Néanmoins, ces augmentations de budgets se sont faites au grand dam du financement de la recherche en sciences humaines, entre autres, qui est plus difficile à commercialiser (Naylor, 2017). Certes, le financement de la recherche est souhaitable, mais il doit être inclusif en ce sens qu’il ne doit pas se faire aux dépens des autres domaines. C’est une question de vitalité de nos connaissances et de nos savoirs collectifs.

Un manque à gagner de 1,3 milliard de dollars

Récemment, un groupe d’experts a présenté un rapport estimant que le manque à gagner au Canada en recherche fondamentale était d’environ 40 % par rapport au budget actuel, soit 1,3 milliard de dollars (Naylor, 2017). L'examen du soutien fédéral aux sciences (communément appelé Rapport Naylor) « a formulé 35 recommandations claires dans le cadre d'un plan audacieux visant à restaurer et renforcer l'écosystème de financement de la recherche fondamentale au Canada. Il s'agit notamment d'actions visant à accroître le financement fédéral pour la recherche, à améliorer la coordination entre les organismes de financement et à promouvoir la diversité » (Dialogue Sciences & Politiques, 2017 : En ligne). Selon David Naylor, la position du Canada s’est érodée dans le palmarès de la recherche si on le compare aux autres pays. Il ajoute que « les gouvernements ne peuvent réduire les fonds alloués à la science fondamentale et s’attendre à ce que l’innovation soit florissante » (Affaires Universitaires, avril 2017) .

Afin d’appuyer la mise en œuvre intégrale des recommandations du rapport Naylor, une lettre ouverte écrite par l’organisme Dialogue Sciences & Politiques (Science & Policy Exchange) a été récemment envoyée à l’intention du premier ministre Justin Trudeau. Cette lettre, signée par plusieurs étudiantes et étudiants à travers le Canada, s’inscrit dans le cadre de la campagne #Students4theReport, laquelle est d’ailleurs soutenue par l’AELIÉS.

Une enveloppe dédiée de 103 M$ à l’Université Laval

La réalité sur le campus n’est pas différente, où la recherche appliquée semble prévaloir sur la recherche fondamentale. Dernièrement, les gouvernements fédéral et provincial ont distribué une enveloppe conjointe de 103 millions de dollars à l’Université (Le Soleil, novembre 2017) . Bien qu’elle ne fût pas destinée spécifiquement à la recherche, ses effets auront assurément un impact sur le financement et les infrastructures qui serviront la recherche. Jusqu’à présent, il s’agit d’une bonne nouvelle en matière de financement des universités. Par contre, nous entretenons certaines réserves quant aux orientations de ce 103 M$. Cette enveloppe dédiée profitera essentiellement aux secteurs de la santé et des hautes technologies, cela en dépit des autres secteurs comme ceux des sciences humaines et sociales, par exemple.

En effet, on est à même de constater que la Faculté des lettres et des sciences humaines et la Faculté des sciences sociales souffrent d’un sous-financement depuis plusieurs années. Il est fort probable que la faible valorisation accordée à ces domaines de recherches, où les opportunités mercantiles sont plus rares, en soit la cause. Nous devrions peut-être rappeler aux bailleurs de fonds des universités – les gouvernements provincial et fédéral -- que les institutions d’enseignement supérieur ont un rôle beaucoup plus large que celui d’un département de recherche et de développement d’une industrie quelconque.

Pour terminer, espérons que les recommandations du rapport Naylor prendront effet dans un futur proche, et que la recherche fondamentale retrouve enfin ses lettres de noblesse.

Le Comité exécutif


Ressources :

 

Rapport synthèse sur la stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI)