Budget 2018-2019: un gâteau qui laisse sur sa faim

27 mars 2018
Budget 2018-2019: un gâteau qui laisse sur sa faim C’est ce mardi que le ministre des finances, Carlos Leitao, a présenté le dernier budget du cycle électoral de son gouvernement. Un budget généreux qui n’est pas sans rappeler que les élections sont déjà à nos portes.

Plusieurs mesures méritent d’être saluées, notamment des investissements supplémentaires de 20 M$ faisant passer le financement des Fonds de recherche du Québec à 214,5 M$ par année et ce jusqu’en 2021-2022. On peut également saluer l’équité du partage de ces sommes supplémentaires entre les trois fonds : nature et technologie, société et culture et santé.

On retrouve également la volonté du gouvernement de simplifier l’accès aux données pour les chercheurs, notamment en modifiant la Loi sur l’Institut de la statistique du Québec.

Enfin, l’AELIÉS salue la volonté du gouvernement du Québec d’augmenter significativement la part modale du transport en commun dans la capitale. C’est un objectif qui est cher aux étudiantes et étudiants de l’Université Laval. Le projet de Laissez-passer universitaire, proposé depuis dix ans par l’AELIÉS et la CADEUL, vient répondre exactement à cette préoccupation. Nous sommes enthousiastes à l’idée de travailler avec le gouvernement à la réussite de cet objectif.

Un réinvestissement qui manque la cible

Ceci étant dit, ce budget n’est pas que soleils et bonheurs. Le réinvestissement tant attendu dans le fonctionnement des établissements d’enseignement universitaire, qu’on peut évaluer cette année à environ 173 M$, est très loin de combler le manque à gagner existant.

« L’Union étudiante du Québec a évalué à environ 850 millions le manque à gagner dans le financement des universités, » explique le président de l’AELIÉS, Pierre Parent Sirois. « L’ancien vice-recteur exécutif de l’Université Laval, Éric Bauce, estimait à 2% le manque à gagner annuel à cause de l’augmentation des coûts de système. »

En plus de manquer la cible, on peut déplorer encore une fois des orientations utilitaristes et mercantiles par rapport au secteur de l’enseignement supérieur. On favorise le recrutement d’étudiants internationaux, mais seulement dans les disciplines jugées « intéressantes ». On souhaite adapter les programmes de formation aux besoins spécifiques du marché du travail. On mentionne rapidement l’importance de la conciliation travail-famille-études, mais on ne propose strictement rien pour alléger le fardeau des parents-étudiants. On souhaite moderniser la gouvernance des universités mais aucune trace du projet de Conseil des universités du Québec, cher aux étudiantes et étudiants, esquissé par la ministre Hélène David et son commissaire, Claude Corbo. « On a peur de devoir attendre à la prochaine législature pour enfin voir la première mouture de ce projet. Et si le gouvernement libéral venait qu’à perdre le pouvoir, devra-t-on repasser une fois encore par un processus de consultation long et couteux? » s’inquiète Pierre Parent Sirois.

Au chapitre des inconnues, on mentionne également vouloir moderniser la structure de financement des universités. On ne sait malheureusement pas quelles sont les intentions du gouvernement en cette matière. A-t-on l’intention de suivre les recommandations du rapport Roy-Tremblay? Les seules orientations présentées à cet effet dans le budget parlent de s’adapter à une nouvelle courbe démographique (lire, formation à distance), de l’essor de parcours atypiques (i.e. formation à distance), de l’internationalisation de l’enseignement (par exemple, par la formation à distance) et finalement, de l’accroissement de l’offre de formation à distance. Bien que l’AELIÉS ne s’oppose en rien au développement de ce type de formation, il est inquiétant de voir qu’il n’y a aucune mesure de prévue afin de préserver ou d’augmenter le ratio professeurs / étudiant-e-s.

Des sommes importantes en infrastructures, mais…

Les sommes qui ont été octroyées dans le cadre du Plan québécois des infrastructures (PQI) sont substantielles. Pour le secteur de l’enseignement supérieur, c’est 6,7 G$ qui ont été avancées pour la prochaine décennie.

Par contre, il faut se rappeler que la plupart des projets inscrits au PQI ont déjà fait l’objet d’annonces au cours de la dernière année. La majeure partie de ce financement sera utilisée afin d’entretenir des infrastructures déjà existantes. Dans le cas des nouveaux projets, on remarque encore une fois qu’il y a une préférence nette pour les secteurs des sciences appliquées, de la médecine et de l’intelligence artificielle. Une part significative de ces sommes ira au développement de plateformes d’enseignement numérique, ce qui ne rassure en rien nos préoccupations par rapport au ratio professeur/étudiant-e. Pendant ce temps, à l’Université Laval, certains de nos membres s’inquiètent de la délocalisation de leur faculté et de l’avenir de leurs locaux.

Somme toute, l’exercice pré-électoral auquel s’est soumis le ministre des Finances est impressionnant, et s’il peut sembler ingrat de remettre ces réinvestissements en question, force est d’admettre que ce budget n’arrive pas à combler les besoins en enseignement supérieur et en recherche.